Au début du XVIème siècle, "Can Pech", qui était alors la capitale de la province, fut aperçue par l'expédition commandée par le conquistador espagnol Francisco Hernández de Córdoba, qui la rebaptisa San Lázaro le 22 mars 1517. Des années plus tard et après plusieurs incursions dans la région, Francisco de Montejo El Mozo fonda le 04 Octobre 1540, la ville de San Francisco de Campeche. Comme c'était alors le seul port installé, Campeche devint le point de départ de l'expansion coloniale espagnole vers l'intérieur du Yucatán.
Après la conquête du territoire, la Villa de Campeche devint - comme tant d'autres dans les Caraïbes - la cible des attaques pirates. Ceux-ci prétendaient en effet, à la fin du XVIème siècle, s'emparer des richesses de ces terres récemment découvertes. La première invasion de Campeche date de 1559, avant de devoir supporter les assauts de Pie de Palo et Diego el Mulato, en juillet 1675. Après la violente attaque du pirate Lorencillo, connue sous le nom de bataille de Campeche (1685), les habitants de la ville firent pression sur la Couronne espagnole pour construire un système de défense efficace dans la ville, selon le tracé typique de l'Espagne de l'époque : en damier.
La décision de fortifier la ville date du 03 janvier 1686 commença par la construction d'un polygone irrégulier à huit côtés, avec un bastion à chaque angle et quatre portes qui reliaient à l'extérieur. Le chantier dura 18 ans. Les remparts couvraient une superficie de 80 ha. C'est plus tard, vers le milieu du XVIIème siècle, que furent construits les forts de San José et San Miguel, avec leurs batteries de renforts respectives. A cette époque, la population maya était confinée à Campechuelo, où fut édifié le couvent franciscain.
Au cours du XIXème siècle, Campeche fut impliquée dans divers crises politiques et économiques, en raison d'affrontements entre la Péninsule du Yucatán et le gouvernement central du Mexique, mais aussi à cause de rivalités entre Mérida et Campeche. L'état ressentit également la répercussion des tentatives séparatistes du Yucatán (1840-1846), la Guerre Civile Yucatèque (1846-1847), et ce qu'on a appelé la Guerre des Castes (1847-1854), qui affectèrent la stabilité économique et sociale de toute la région.
Campeche devait finalement se séparer du gouvernement du Yucatán en 1858, ce qui fut ratifié par le pouvoir central du pays en 1863. Cependant, sous l'empire de Maximilien, qui débuta un an plus tard, le Campeche devait reperdre son autonomie. Au moment du triomphe des forces républicaines (1867), la séparation de l'Etat de Campeche, redevint officielle.
La fin du XIXème siècle marque le début de l'époque du Porfiriat au Mexique. Avec Porfirio Díaz, dictateur qui occupa le pouvoir de 1887 à 1911, l'économie du Campeche demeura fondée sur l'agriculture (maïs, riz et canne à sucre), l'élevage pour le marché interne et l'exportation du bois de teinture, le sel et les bois. A la même époque, l'Etat s'est lancé dans l'aventure de l'exploitation du "chicle" (du náhuatl tzictli), une activité qui connut un grand essor au XXème siècle.
Outre cette importante activité économique, le Campeche continuait au siècle dernier à produire de la résine de sapotier, du bois de teinture et du sisal, et commença l'exploitation pétrolière sur son territoire. La découverte, dans l'arrière-pays, du palo de tinto, bois de Campeche dont on extrayait un colorant, assura la prospérité économique de la colonie dans les siècles qui suivirent. Campeche devint une des cités les plus riches de la Nouvelle Espagne.
La ville de Campeche ne s'est pas contentée de conserver son tracé original du XVIème siècle, elle a su préserver jalousement l'architecture héritée de l'époque coloniale. C'est pour cela que le 01er Décembre 1999, le Comité du Patrimoine Mondial des Nations Unies pour l'Education, la Science et la Culture (UNESCO) a déclaré la Ville Historique Fortifiée de Campeche, Patrimoine Culturel de l'Humanité.
La ville portuaire de Campeche est un modèle d'urbanisme d'une ville baroque coloniale, avec son plan réticulaire et régulier. Son tracé urbain, modèle des villes portuaires de l'époque de la vice-royauté, reflète son rôle primordial de point d'union commerciale, militaire et religieuse. Elle se caractérisait par un haut niveau d'intégrité et d'homogénéité. Plus de mille constructions d'une valeur historique ont survécu et sont aujourd'hui le témoin de la superposition de l'espace et du temps des différentes époques historiques les plus importantes du Mexique depuis le XVIème siècle.
Le système de fortifications de Campeche est un exemple remarquable de l'architecture militaire des XVII et XVIIIème siècles, et faisait partie intégrante du système de défense intégral mis en place par l'Espagne dans les Caraïbes, pour se protéger des attaques pirates.
Conscients de la responsabilité d'avoir une ville patrimoine de tous, les habitants du Campeche veillent et protègent sa richesse historique, par une importante réglementation, mise en place par le gouvernement de l'Etat, la municipalité et la société civile.
Ce qui à l'époque coloniale a servi à protéger la ville de Campeche des corsaires, constitue aujourd'hui l'une des richesses architectoniques les plus importantes de l'Etat. Il s'agit d'un rempart en forme de polygone irrégulier, dont subsistent actuellement six côtés, sept bastions et deux portes d'accès, ainsi que deux forts d'appui construits sur les hauteurs.
Les 300 ans qui se sont écoulés depuis sa construction n'ont pas occasionné de dégâts à la plupart des fortifications. Deux seulement des portes d'accès à la ville ont disparu, mais on conserve la Porte de Mer, reconstruite vers le milieu du XXème siècle, et la Porte de Terre, construite en 1732 (c'est la seule des quatre portes originelles qui reste en place).
C'est à la Porte de Terre ("Puerta de Tierra") près du bastion de San Juan, qu'a lieu à 20h, le spectacle de Son et Lumière intitulé "El Lugar del Sol" (le Lieu du Soleil), et qui comprend des représentations d'anciennes batailles pirates et divers documentaires sur l'histoire coloniale, en cinq langues.
En plus des deux portes, les sept bastions encadrent toujours le Centre Historique. Ces colosses de pierre ont différentes fonctions.
Le Zócalo, place de l'Indépendance, avec ses vastes parterres fleuris jonchés de bancs, occupe le centre géographique de la cité. La Cathédrale franciscaine de Campeche mérite une visite, plus par égard pour son âge canonique que pour ses beautés. Commencée en 1540 sur un site sacré précolombien, elle ne fut achevée qu'en 1705. Elle abrita le culte catholique bien avant que Mérida soit conquise et peut donc s'enorgueillir d'être la plus vieille église conventionnelle du Yucatán puisque même la chapelle San Isidoro de Chichén Itzá est plus récente.
A huit cents mètres au sud-est de la Cathédrale, une autre église mérite un coup d'œil : celle de l'Eglise San Francisco. Elle passe pour avoir été construite sur l'endroit même où a été dite la première messe du Nouveau Monde. Dans une abside, on peut voir encore les vénérables fonts baptismaux toujours utilisés sur lesquels on tint, en 1562, le petit-fils de Cortès : Jéronimo.
Près de la Porte de la Terre, le Parc Alameda et ses environs offrent, par leur fraîcheur et leur éclat, un contraste bienvenu avec certains quartiers pauvres et sales de la ville.
En face des constructions anciennes, contrebalançant la vieille ville, s'élève la ville moderne dont certains bâtiments ont résolument des formes futuristes parfois agressives. Sur la vaste esplanade qui longe le port moderne, l'altier Palais des Gouverneurs et l'ovale aplati de la Chambre des députés symbolisent ce renouveau architectural. En fait, ces bâtiments sont très réussis et s'intègrent bien dans les vastes perspectives du boulevard Malecón, dont la fin est marquée, au sud, par l'Université de Campeche, elle aussi ultramoderne.
Place du Patrimoine Mondial (Fontaines Musicales) : Inaugurée le 01er décembre 2002, une fontaine musicale interactive permet d'unifier la hauteur des différents jets d'eau, pour un spectacle de 20 minutes qui commence toutes les heures de 18h à 22h.
Mes sources : le site http://www.bonjourmexique.com